En juillet 2025, plus d’une centaine de parties prenantes – représentant le monde politique, l’administration publique, le gouvernement, la société civile et les organisations internationales – se sont réunies au Parlement camerounais et ont approuvé à l’unanimité un projet de loi sur la « Protection des femmes et des filles contre les violences basées sur le genre ». Bien que l’on ignore encore si (et quand) ce texte, actuellement examiné par le ministère de la Justice, sera finalement promulgué, cet événement a marqué une étape importante dans un processus de plaidoyer entamé plusieurs mois plus tôt.
Rétrospectivement, peu de facteurs ont soutenu la dynamique de ces efforts de plaidoyer aussi fortement que ce que les parties prenantes ont fini par appeler « l’augmentation des cas de fémi(ni)cide ». Si mes recherches ne retracent la première utilisation du terme dans le contexte camerounais qu’en juillet 2020, le « fémi(ni)cide » est devenu – selon notre comptage interne à ACCSS Africa – le second terme le plus employé, après « violence basée sur le genre » (une expression à l’histoire bien plus longue), dans le vocabulaire des autorités, des responsables d’ONGs des droits des femmes, des activistes et des commentateurs sur les réseaux sociaux s’intéressant aux violences faites aux femmes au cours des trois à quatre dernières années.
Pourtant, de manière frappante, le projet de loi adopté par ces parties prenantes ne fait aucune mention du « fémi(ni)cide » soulevant ainsi une question évidente : pourquoi faire pression sur les autorités en arguant que des mesures juridiques plus fortes sont nécessaires pour freiner « l’augmentation des cas de fémi(ni)cide » et les violences basées sur le genre, pour ensuite soumettre un projet de loi qui reste silencieux sur les soi-disant fémi(ni)cides ? Dans quelle mesure cette omission reflète-t-elle des considérations techniques et juridiques, et dans quelle mesure procède-t-elle de calculs politiques visant à éviter des frictions avec les autorités ? Plus fondamentalement, dans quelle mesure le « fémi(ni)cide » est-il un problème distinct et mesurable au Cameroun ? Et comment, le cas échéant, la création d’une infraction pénale spécifique de « fémi(ni)cide » pourrait-elle contribuer à y remédier ?
Si ces questions vous intéressent – et si vous souhaitez explorer les débats conceptuels, politiques et juridiques plus larges autour du fémi(ni)cide au Cameroun – je vous invite à vous abonner à la lettre d’information du Centre africain d’études sur la criminalité et la sécurité (ACCSS Africa).
À partir du mardi 14 avril 2026, nous publierons une série hebdomadaire en cinq parties examinant différentes dimensions du fémi(ni)cide au Cameroun :
• 12 mai 2026 : Fémicide pour les uns, féminicide pour les autres : ambiguïté conceptuelle et risques d’émasculation d’un concept transformateur
• 19 mai 2026 : Féminicides au Cameroun : Plus de meurtres ou plus de visibilité ?
• 26 mai 2026 : Punir les féminicides : les premières leçons douces-amères de la Convention de l’Union Africaine sur la « Lutte Contre les Violences Faites aux Femmes et aux Filles »
• 02 juin 2026 : Au-delà de la criminalisation : les réponses complémentaires essentielles pour réduire les féminicides
• 09 juin 2026 : La loi finale sur la « Protection des femmes et des filles contre les violences basées sur le genre » au Cameroun doit-elle criminaliser explicitement le féminicides
Cette série sur le fémi(ni)cide au Cameroun est dirigée par le Dr Dany Tiwa. Sociologue et criminologue critique, le Dr Tiwa est diplômé des universités de Yaoundé I (Cameroun), Lille 3 (France), Hambourg (Allemagne) et Utrecht (Pays-Bas). Il travaille actuellement comme consultant senior en recherche et évaluation pour plusieurs agences des Nations Unies et est le fondateur et directeur exécutif du Centre africain d’études sur la criminalité et la sécurité (ACCSS Africa).
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Domestic violence, Research Topic
